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Fille aux cent bras de vent

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fille aux cent bras de vent
à la peau noire
dans tes yeux de peur lumineuse
mille miroirs au flanc
des heures omises
où tu dansais    ennuagée
de rêves cristallins dans ta paume    tu creuses
une brèche d’intimité
ta voix chevauche
un chant révolu
tes bras se soudent
aux crevasses du temps
tes feux d’eaux glacées
en brûlures de doigts      perdus
ne s’éteignent qu’au dernier jour

et toi      le vent s’en est allé

LUI - ELLE

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LUI

au dernier moment
j'ai tendu les mains
et ta joie a glissé sur mon visage
               en fleurement d'aurore
tu as souri
à l'aube rare
               un minuscule éclat
tu es partie
               un murmure à mon oreille


ELLE

je soupire noir
dans une main de papier
de soie d'ange
au réveil des eaux matinées

j'ouvre les yeux   la vie
son souffle
une buée d'aurore

je me lève et m'étire
un chat gravit ma peau
lèche mes yeux
murmuronne

c'est le matin de demain

tu dors encore sous les draps
ta peau de suie
noire au possible
illumine d'ombre

tu m'aimes

j'ouvre les tiroirs    les veines d'euphorie
en mille morceaux     de rires nus
j'ouvre les rêves   les mets à jour
et ton oeil béant s'épanche sur moi

c'est le matin du destin

la vie s'écrie     des pieds à la tête
s'érige en minuscules lettres
s'écrase en flaques de joie
au creux de ma voix
     sur ma main
             à la surface de ton regard

je suis prête à …

LES MOTS D'ÉRIKA - L'ÉCRITURE À LA RESCOUSSE

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Les rayons du soleil plongeaient dans mon clavier, en illuminaient les touches, alors que la musique jazzée jouait dans mes oreilles ; une porte intérieure s’ouvrit. Qu’est-ce que je vais découvrir aujourd’hui ? Qui se cache derrière le rideau de mon imagination ? Qui voudrait bien me parler ?
« Moi, moi », cria une fillette, dont la tête bleue aux mèches hérissées apparut derrière un immense rocher orangé. Elle sortit de sa cachette et sautilla vers moi. Elle me tendit la main, petite et potelée. « Moi, c’est Érika » Un sourire bienveillant s’épanouissait sur ses lèvres et ses yeux verts brillaient d’une malice lumineuse.
« Bonjour Érika ; moi, c’est Annie. »
Je serrai doucement sa main.
« Je sais qui tu es, répliqua-t-elle d’une voix enjouée. Tu es la Dame Magicienne… »
La Dame Magicienne. Ça sonnait doux à mes oreilles, et tellement vrai. Curieuse, je lui demandai : « Qu’est-ce que la Dame Magicienne ? »
Elle lâcha un bruyant soupir en plaquant ses poings contre ses hanches et me lança …

INTROSPECTION

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Tristesse de bois brûlé Sur peau de bébé Le cœur au large En compote  sur les mers de cendre rouge


À creuser dans les vagues sèches les émotions calcinées Je cherche le germe du mal
     cris affolés d’une mère croupie ?      silence criant d’un père droit ?




Tristesse de voix étouffée Sourdine enfoncée Ma trompette quotidienne Sonne le silence faux Mes notes, timides, s’ébrouent Sans bruit, sans vent Ne pas déranger les meubles Bien en place Ne pas troubler l’espace Ne pas... Ne pas... Exister...


Un demi-siècle d’existence 

Vague errance

L’ARTISTE est L’ALCHIMISTE de sa VIE

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Je suis experte dans l’art de m’éviter, d’éviter mon besoin de créer, de contrôler cette intensité créative qui bout dans ma tête et mon corps. Je me sabote de mille et une manières : la vaisselle, le ménage, la lessive, les chats, face de bouc, soucis excessifs de rendre les autres heureux, séries télévisées… C’en est maladif. On dirait que tout passe avant mon besoin. Voyons, Annie, les autres, c’est bien plus important que toi ! J’ai pataugé si longtemps dans un état d’anxiété, de stress, de négativisme, de dénigrement, de sentiment de rejet, que j’ai du mal à m’en extraire. Je me complais dans mon malheur. Et pourtant, j’ai touché le ciel les fois où je me suis respectée, où j’ai laissé ma créativité s’élancer au galop dans les champs sauvages de mon imagination. Et cela, à raison de 1000 mots nouveaux par jour. Je me rappelle la paix intérieure ressentie, la joie de vivre, d’être, de respirer… Et l'énergie ! Je recouvrais la santé ! Pourquoi est-ce si difficile pour moi de r…

MOI ET L'AUTRE

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Je suis fatiguée. J’ai l’impression d’avoir le cerveau en gélatine rose. J’ai du mal à respirer. Je manque d’air. Je n’écris pas beaucoup, ces temps-ci. Je m’éloigne trop de ma nature première. Elle veut vivre, cette Autre qui cohabite avec moi dans ce corps prénommé Annie Perreault. Elle a besoin de s’exprimer, de s’épanouir…
Elle a des choses à dire.
C’est mystérieux, un écrivain. Il écrit, mais n’est pas toujours conscient de ce qu’il écrit. Il y a pourtant ceux qui savent ce qu’ils écrivent. Ceux-là sont les penseurs, les brasseurs d’idées, les écrivains conscients, qui réfléchissent avant d’écrire. Et il y a les autres, ceux qui cohabitent avec l’Autre. On pourrait les considérer fous, mais ils ne le sont pas, ils sont simplement deux. Et ils doivent apprendre à vivre avec l’Autre, à l’écouter écrire, à comprendre ce qu’il veut dire, à lâcher-prise, pour lui laisser prendre les rênes du récit.
Je fais partie de cette deuxième catégorie d’écrivains. Je sens cette présence en moi, c…

CLOU DE CERCUEIL

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Voici un poème en prose à la façon d'Aloysius Bertrand (1842).



Elle s’éteignait tout le temps, et toute seule. Un pet de vent, une perle de pluie. Ou rien du tout. C’était comme ça ; elle perdait sa rougeur, sa chaleur, son odeur. D’un coup, son pouls grésillant cessait. Tu vois ? J’t’ai eu, encore une fois, me riait-elle au nez. Son rire, des éclats noirs de silence. 
Elle était douée ; dès que je lui allumais le derrière et qu’elle me permettait de la goûter, d’en humer les arômes mortels, juste un peu, voilà-t-y pas que « pouf » ou « plok » ou « pffittt » ou je ne sais trop par quelle vesse de fou, elle tuait sa rougissance. Comme pour me dire, T’as pas encore compris, toi, hein ? Petit lardon aux narines baveuses, au menton en peau de prune.
Un jour, j’en eus assez ! Elle venait de s’éteindre à nouveau. Je l’écrasai sous mon pied taché d’encre, et l’entendis rire. On aurait dit le cri hirsute d’une hyène engrangée ; elle croyait m’avoir lessivé les neurones. Je sortis sa sœur ju…