Articles

Affichage des articles du 2012

Après une longue absence...

Image
Me revoilà !
Depuis les trois derniers mois, j'ai appris comment plonger dans l'univers de mes personnages, grâce à un cours suivi aucentre de Création Scénique de Montréal: Écrire pour la scène et l'écran. Martin Mercier, notre professeur, nous a enseigné une technique qui fonctionne vraiment. En tout cas, c'est l'approche que je devais apprendre pour pouvoir écrire le roman que je suis en train d'écrire. 


Le défi de Diablo

Diablo le chat se léchait une patte, le regard serein. Il venait d’engouffrer un oiseau, deux souris et le reste d’un énorme saumon.
‒ Bien mangé, Diablo ? lui demanda son maître, un homme grand, aux cheveux noirs ébouriffés.
Diablo s’approcha de lui et lui frôla les mollets.
‒ Bien... 
Diablo continua de tourner autour de ses pieds en ronronnant.
‒ Je t’aime aussi, mon gros minet. Mais là, je n’ai pas le temps pour les câlineries.
Les deux bras plongés dans l’eau chaude savonneuse, au-dessus du comptoir, son maître se mit à chantonner : « You are my lady… », en même temps que la musique tonnait dans le salon. Diablo détestait cette chanson. Chaque fois que Rick la chantait, une nouvelle venue venait vivre chez eux pendant plusieurs mois. « Ce Rick ne sait pas comment les garder, se réconforta Diablo. Les minettes qu’il amène ici ne restent jamais bien longtemps. Rick est trop maladroit pour cacher sa vraie nature. Il sait que les femmes n’aiment pas le genre d’homme qu’il représente, alor…

Les premières page Des neufs dragons de Michael Connelly

Image
Je viens de commencer à lireLes neufs dragonsde Michael Connelly. J'en suis à la trente-huitième page. Et il y a quelque chose qui me chicote... Je sais que cet auteur est reconnu, qu'il a gagné plusieurs prix et qu'il vit très bien de sa plume. Cependant, si je me mets dans la tête de l'auteur, se pourrait-il qu'à un moment donné, sachant que mes livres vont toujours se vendre, que ma réputation est déjà faite et que les éditeurs jubilent chaque fois que je dépose un manuscrit sur leur bureau, que je ne fasse plus correctement mon travail d'écrivain, que je ne perde plus mon temps à trouver le mot juste, ou que je n'entre plus assez profondément dans la peau de mes personnages pour ressentir le geste, le bon, à poser dans telle ou telle action ? 
C'est ce que je ressens en lisant les trente premières pages de ce roman. Et ça me chicote. Comment un écrivain de son envergure peut-il ne pas faire plus attention à la caractérisation de ses personnages ?   
V…

J'ai tué Maigret

Image
Son regard tombe sur moi, lourd, pesant, vitreux... Elle n'est plus elle-même. Elle est devenue la dame aux grosses jambes, celle qui sut à en jaunir les manches de ses blouses blanches, celle qui ne se mouche plus, qui ne se lave plus, celle qui a toujours envie de boire et de s'évader dans un délire de fumée de cigarette. Pauvre Démie... Si elle savait comme je l'aime ! Moi, ce trou du cul, maigre comme un clou, qui n'arrive même pas à transpirer une goûte de sueur lors des journées chaudes d'été : un coton sec, plus sec que le désert de Gobi, que le désert du Sahara et que tous les autres déserts de la planète, même ceux qui ne sont pas encore nés. Vous savez, ceux-là mêmes qui naîtront suite au déboisement de l'Amazonie ou de toute autre grande forêt de la Terre !  Et elle, ma Débie d'amour, qui me lance ce regard pesant, elle me déteste... C'est pathétique. Je suis pathétique, vraiment, un con de première, le pire des abrutis de la Terre. Elle me ha…

La radio de Dieu

Image
Toute cette journée pour ça ! Une simple dédicace, très impersonnelle, d’ailleurs, écrite sur la première page, d’une manière illisible ! Il ne l’avait même pas reconnue. Il n’avait même pas osé lever un regard vers elle. Elle s’était sentie si misérable, si… si rien du tout qu’elle avait eu juste envie de lui lancer son foutu bouquin au visage. Elle s’était retenue : autant les mains que les mots de rage qui se bousculaient dans sa bouche. Puis elle l’avait quitté brusquement, devant les regards interrogateurs des autres fans.
Elle, c’était Brittany Dumont. Deux ans plus tôt, elle lui avait sauvé la vie. Martin Vonfreu, maintenant célèbre écrivain, avait reçu deux coups de couteau dans le ventre durant un hold-up qui avait mal tourné à la banque où elle travaillait. Grâce à son don, Brittany avait réussi à stopper le flot de sang qui sortait de l’abdomen de Martin Vonfreu, ainsi lui avait-elle évité la mort. Les voleurs partis, il avait babillé quelques mots de remerciement avant de s…

Un morceau de guerre

Martin leva les yeux. De la poussière s'élevait, tel un brouillard macabre, au-dessus de cette bouillie humaine, de cette marre de chairs démembrées. Il remonta ses lunettes, en retenant un haut le coeur. Quel foutu bordel ! s'indigna-t-il, la colère au ventre. C'était un vrai massacre... Une main se plaqua contre son épaule pour le pousser au sol.

− Qu’est-ce que tu fous ? Casse-toi. Les Blafers tirent de partout.

Martin n’avait voulu que saisir l’ampleur de l’atrocité qui se jouait autour de lui. Des corps ensanglantés jonchaient le sol, des cris étranglés par la douleur retentissaient dans le brouillard, des tirs mitraillaient l’air, des explosions illuminaient la brume opaque, apportant un semblant de lumière dans cette sombre cruauté humaine.

− Tiens, prends ça, lui ordonna le commandant du bataillon dans lequel il s’était engagé pour écrire un article sur la guerre des Rions.

Martin saisit l’arme dont le métal le brûla aussitôt, non pas physiquement, mais moralement.

Début d'une histoire de science-fiction...

Rien de grave ne pouvait lui arriver. Anna avait la chance collée au derrière depuis sa naissance. Peu importe ce qu’elle entreprenait, elle réussissait, arrivant toujours à ses fins. En plus, elle avait droit à des bonus : un héritage inattendu, un problème de santé résolu comme par magie, une hausse salariale, un nouveau projet qui lui permettait de voyager à travers le monde, un nouveau petit ami en or, des idées plein la tête… C’était comme si une fée la suivait à chacun de ses pas, lui soufflant à l’oreille ce qu’elle devait faire ou dire pour réussir. Ou bien avait-elle, dans une autre vie, accumulé tellement de bonnes actions que dans celle-ci, elle récoltait tout simplement ce qu’elle avait semé ? Sa mère la surnommait la Fortuna Vivante. Avec les années, Anna avait réussi à développer une confiance absolue en ses moyens. Elle n’échouait jamais, car pour elle, l’échec n’existait pas. Le principe d’échouer était exclu de ses valeurs. Elle était l’optimisme sur deux pattes. Elle…

Moi, et ce qu'il y a en dedans...

Image
Moi, et ce qu'il y a en dedans...
Mon dedans est encore un mystère pour moi. Et vous ? Votre dedans est-il un mystère ou bien vous savez qui vous êtes et pourquoi vous vivez sur cette Terre ? 
En écrivant ces mots, je suis en train de me chercher, de trouver la raison de mon existence. D'une part je suis là pour servir la vie grâce à l'écriture et d'autre part, je suis là pour servir la vie en étant une mère aimante, une amante attentionnée, une femme au foyer heureuse de vivre qui s'occupe de son chat, de ses plantes, de sa maison, soucieuse de maintenir l'harmonie familiale... 
Je me cherche...

Un papa monstre

— Justine! Qu'est-ce que tu fous? On doit partir sur-le-champ... Elle le fait exprès. C'est chaque fois la même chose. Il faut toujours que je lui crie après. La petite ne comprend rien. Elle doit être là, elle le sait pourtant. Sinon, tout seul, la poisse me colle au popotin. Et les bêtes me fuient. Peut-être en a-t-elle assez. Pour une gamine de huit ans, qui a récemment perdu sa mère, je lui en demande peut-être trop. Mais si elle ne vient pas, c'est la famine assurée! Elle a peut-être peur. Marcher en forêt la nuit, avec tous ces bruits, ces odeurs. Surtout cette forêt où de curieuses bêtes y vivent. Pourtant, elle ne court aucun danger, elle n'a qu'à me suivre en marchant dans mes pas. Elle n'a qu'à être elle-même...  — Justine, ma grande, sort de ton trou. Viens, papa a besoin de toi, pitchounette... — Ce n'est pas vrai, crie une toute petite voix perdue dans le grenier. Ah... C'est là qu'elle se terre, la démone! Une chance que notre maison d…

Qu'est-ce que je suis?

Qu'est-ce que je suis? Une roche? Un morceau de béton? Un trottoir? Je suis dur, mais dur... Tous ces gens qui s'affalent devant moi, le corps troué, les membres arrachés, les yeux révulsés. Et ces cris... Des femmes hurlent à s'en sortir les intestins! Et moi, je ne fais que marcher parmi eux, d'un pas lent, trop lent; cette scène qui se joue autour de moi me semble si irréelle. Des femmes aux visages désespérés agrippent mes bras, tirent sur ma veste, me supplient dans une langue qui n'est pas la mienne. Certaines transportent sur leur dos, des corps d'enfants ensanglantés. Des hommes courent dans les rues, le visage marqué au fer de la peur, ils vont se terrer dans les restes de leurs maisons. D'autres hommes armés de mitraillettes tirent sur tout ce qui bouge. Ils avancent en maîtres, ils écrasent l'ennemi. Ils agissent au nom de leur Dieu. Mystérieusement, ils passent devant moi sans me voir. Un nuage de poussière les suit et m'enveloppe. J'…

Le mouvement...

Le mouvement... 
Il faut que je m'habitue au mouvement intérieur, celui qui consiste à une forme de déplacement d'attention. Juste avant de bouger (d'écrire), c'est comme si je me trouvais sur le bord d'un précipice et que je me retenais pour ne pas sauter dans le vide. C'est toujours comme ça que je me sens juste avant une séance d'écriture. Déplacer mon attention vers cette partie de moi qui crée, lui accorder tout l'espace et lui faire confiance. Pratiquer ce mouvement d'abandon, de lâcher-prise. Celui de sauter dans le vide. Me redire sans cesse que ce plongeon est bénéfique dans ma vie. Arrêter d'attendre après les autres pour exécuter le mouvement, ce déplacement...
Le mouvement...
Celui de tendre la main à un enfant malade. Celui de se déplacer pour laisser une vieille femme passer. Celui d'une femme follement amoureuse qui court vers son mari qui revient de la guerre.
Le mouvement...
Ne rien dire, ne rien faire, attendre, respirer, ressenti…

Il y a des mots...

Il y a des mots pour brûler, des mots pour caresser, des mots pour tuer, des mots à l'image de lames qui entaillent la peau et la déchirent... Il y a des mots qui foisonnent, des mots qui sonnent (on l'a déjà entendue, celle-là, non?), des mots qui coincent dans la gorge, des mots troublants, impardonnables... Il y a des mots lourds de réflexion, des mots sentis, bien dits, des mots recherchés, témoins d'une pensée appliquée, des mots justes... Il y a des mots qui devancent la pensée, des mots surgis d'une émotion, des mots qui éclatent au visage, qui frappent, qui meurtrissent le cœur, qui blessent... Il y a des mots d'amour, bien entendu!, des mots tendres, des mots qui accueillent, qui enlacent, qui apportent la guérison du cœur...

Les mots de Monique Proulx

Je suis tombée sur un texte qui me fait vibrer. Des mots que Monique Proulx a prononcés lors d'un atelier sur la création littéraire en mai 2011. En voici un extrait, celui qui m'a le plus touché tant il met le doigt sur une vérité fondamentale :

Les onze mille piastres

En ce moment, je suis fatiguée. Et je veux expérimenter ce que c'est d'écrire en étant épuisée. Qu'est-ce qui peut sortir de ma tête dans cet état ? Allons-y !

Son dos élançait, Maïké pouvait sentir les spasmes longer sa colonne vertébrale, du bas vers le haut. Cela faisait des heures qu'elle était debout à attendre devant cette immense bâtisse aux immenses vitrines. À attendre quoi? Que cette putain de banque ouvre! Les onze mille piastres en liasses de vingt que contenait sa sacoche commençaient à être lourdes. Onze mille! Qu'elle déposerait bien sûr. Pour plus tard. Pour sa maison, son char, ses fringues... Sa fille? Pas sûre. Elle, elle n'avait qu'à travailler comme tout le monde au lieu de faire la vache de 200 livres qui s'évache devant la télé à longueur de journée. Une vraie plaie, cette fille. Dix-neuf ans et pas foutue de réussir à obtenir son diplôme de cinquième secondaire! Oh..., il ne fallait surtout pas oublier que sa fille, eh bien, elle …

L'Homme-Pinocchio

Patrice buvait son chocolat chaud assis sur le bout de sa chaise dans le bistro de Travita, leur immense ville de fer! Un homme vint s'asseoir à la table située juste devant lui. Il portait un long manteau noir qu'il déposa minutieusement sur la chaise d'à côté. Son nez était fin et long, très long... Comme s'il avait menti plusieurs fois dans sa vie. Comme ce personnage dont Patrice avait déjà entendu parler chez Bibi la liseuse de livres. L'homme héla un café à la femme qui courrait entre les tables. Une brunette aux cheveux courts, trempée de sueur. Pourtant en cette matinée de janvier, il ne faisait pas chaud! Mais elle, elle suffoquait. Elle fit signe à l'homme qu'elle avait compris. Puis l'homme-Pinocchio déplia avec une lenteur infinie un immense journal derrière lequel il se dissimula. Au même moment, Patrice sentit un drôle de frisson lui chatouiller le bout des orteils et le bout de ses doigts. Sa vue se voila, et les gens dans le resto lui pa…