CLOU DE CERCUEIL

Voici un poème en prose à la façon d'Aloysius Bertrand (1842).



Elle s’éteignait tout le temps, et toute seule. Un pet de vent, une perle de pluie. Ou rien du tout. C’était comme ça ; elle perdait sa rougeur, sa chaleur, son odeur. D’un coup, son pouls grésillant cessait. Tu vois ? J’t’ai eu, encore une fois, me riait-elle au nez. Son rire, des éclats noirs de silence. 

Elle était douée ; dès que je lui allumais le derrière et qu’elle me permettait de la goûter, d’en humer les arômes mortels, juste un peu, voilà-t-y pas que « pouf » ou « plok » ou « pffittt » ou je ne sais trop par quelle vesse de fou, elle tuait sa rougissance. Comme pour me dire, T’as pas encore compris, toi, hein ? Petit lardon aux narines baveuses, au menton en peau de prune.  

Un jour, j’en eus assez ! Elle venait de s’éteindre à nouveau. Je l’écrasai sous mon pied taché d’encre, et l’entendis rire. On aurait dit le cri hirsute d’une hyène engrangée ; elle croyait m’avoir lessivé les neurones. Je sortis sa sœur jumelle, lui crachai un regard de défilé de dindons. Un crépitement rugit, un feu dément rougit.


Ah ! Que mon menton de prune se bidonna ! Cette fois, je l’avais eue.

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